Quelques précisions… Comme je l’ai mentionné précédemment, le palazzetto Stern est construit là où se trouvait jadis le Palazzo Michiel-Malpaga, somptueux palais de quatre étages dont on peut voir quelques représentations dans des tableaux de Canaletto, de Bellotto, sur des gravures de Dioniso Moretti et dans un dessin de Guardi. Au début du XIXe siècle, il ne restait de ce palais que la façade du rez-de-chaussée à partir duquel un atelier de céramique appartenant au peintre Raffaele Carbonaro et au sculpteur Achille Tamburlini avait été construit. C’est d’ailleurs d’eux, qu’en 1909, Ernesta Stern achètera l’atelier laissé à l’abandon afin de faire ériger un nouveau palais. Le projet de construction sera confié à Giuseppe Berti et à Raffaele Mainella, un ami proche d’Ernesta qui avait également signé la décoration de ses deux autres résidences. Les travaux débutèrent à l’automne 1910. Ernesta tenait beaucoup à avoir un petit jardin donnant sur le Grand Canal, il fut alors nécessaire de détruire ce qui restait de l’ex-palazzo Michiel, à savoir le portail gothique surmonté d’une ogive, les deux fenêtres gothiques et les deux colonnes torsadées de la façade. Ce petit jardin, où se trouve l’actuelle terrasse, était pavé de briques en arêtes de poisson, comportait quatre plates-bandes fleuries, une margelle de puits et était cintré d’un mur crénelé.
Le palais était alors composé d’un rez-de-chaussée et d’un étage. Les différentes façades ornées de
patere aux motifs divers, de blasons, d’un Saint-Georges combattant le dragon (cf. Rizzi,
Scultura esterna a Venezia, Venezia, Stamperia di Venezia Editrice, 1987.). L’inauguration du palais aura lieu le 30 avril 1912. Figuraient parmi les invités : Raffaele Mainella, la comtesse Elsa Albrizzi et sa fille, le comte Grimani, le baron Gerlach, la comtesse et le sénateur Papadopoli, la comtesse Emo, les signore Rietti-Stucky, la princesse Polignac, les Curtis, etc. La fête fut qualifiée par la presse de l’époque « de rêve inoubliable ». Ernesta Stern y tiendra, comme à Paris, son petit salon, lieu de rencontres mondaines, de spectacles intérieurs et extérieurs. Les tragiques événements de 1914 vinrent cependant mettre un terme aux fêtes du palazzetto Stern. Ernesta rentra en France. Après la guerre, à son retour à Venise, elle fut soulagée de retrouvé le palais intact. Mais l’atmosphère avait changé et en 1924, le palais fut vendu au peintre Samuele Finckestein. Après la mort d’Ernesta, en mai 1926, les nouveaux propriétaires firent ajouter l’étage supplémentaire en 1927. Ces travaux furent aussi exécutés par Berti à la demande de Giuseppe Finckestein. C’est à eux qu’on doit la « chapelle abside » qu’on aperçoit à droite du palais. Cet endroit servait notamment d’atelier et d’espace d’exposition.
J’ai lu que par la suite, ce palais a aussi été le siège de l’E.M.P.A.S. La palais qui a fait l’objet d’une longue restauration est à présent devenu un hôtel de luxe. L’intérieur comporte encore aujourd’hui les éléments décoratifs conçus par Mainella.
Voilà pour l’histoire du palazzetto Stern. Je vous présenterai, dans les jours à venir, le portrait d’Ernesta Stern.
L’essentiel de ma documentation provient d’un long article extrait de la Rivista della facoltà di lingue e letteratura straniere dell’université Ca’Foscari, XLVI, 2, 2007 : « Le stagioni di Ernesta e del Palazzetto Stern » de Maria Teresa Biason et Ivana Paoluzzi, p.77-108. Il est consultable en ligne et comprend plusieurs illustrations que je n’ai pas voulu reproduire ici sans autorisation.